au 7ème ciel par Régis Leprunier




Au 7ème ciel

de Régis Leprunier


°°°

28, rue des Périgourdins.
Un immeuble bourgeois avec ses sept étages.
Six avec ascenseur, le septième à pied par l’escalier de service.
Passons sur les six étages et intéressons nous à ce septième sans ascenseur.
7 chambres de bonnes.

La première, habitée par une vieille dame ne sortant plus, à qui l’on apporte à manger.
C’est le monsieur de la chambre voisine qui fait ses courses.
La dame est paralysée et se promène uniquement dans le couloir avec sa petite voiture.
Elle s’appelle Mademoiselle Deux.
Elle n’a jamais été mariée, malgré son nom prédestiné.
Juste une amourette qui passait par là, lorsqu'elle était marchande de journaux à la gare Saint Lazare.

Le monsieur qui lui fait ses courses est violoniste des rues et parfois des boulevards.
On l’appelle Monsieur Alexandre.
On l’appelle ainsi car c’est un enfant abandonné, trouvé sur le pont Alexandre III,
et d’ailleurs, est-ce un hasard, son nom de famille est Trois.
Ainsi donc Monsieur Trois fait les courses pour Mademoiselle Deux..
Tous les jours à 17 heures précises.

La chambre trois, elle, est habitée par un agent de la force publique, se nommant Dupont.

Quant à la chambre quatre, une certaine Mademoiselle Jeannine,
mais qui se fait appeler Madame Jeannine,
dont on ne sait pas grand-chose, si ne c’est qu’une rumeur circule sur un passé douteux.
Mais ça n’est qu’une rumeur.
Ce que l’on sait par contre, c'est qu’elle dort toute la journée
et ne sort que le soir pour ne rentrer que le matin très tôt.

La chambre cinq est habitée par un curieux personnage.
Si curieux, qu’on ne peut pas vraiment en parler. On ne sait même pas son nom.

La chambre six ne nous concerne pas.
Elle sert de débarras à un couple du quatrième étage avec ascenseur.

Quant à la chambre sept, il y a une étiquette sur la porte avec écrit:
DIEU
Personne n’avait fait attention à cette chambre située au bout du couloir.
Jusqu’au jour où le curieux personnage curieux habitant la chambre numéro cinq,
vint trouver la locataire du numéro quatre, Madame Jeannine,
afin de lui dire qu’il se posait des questions sur la chambre numéro sept.

- Vous me dérangez à c’t’heure pour me parler de la chambre sept?
- Je trouve ça curieux. C’est tout !
- Foutez-moi la paix à c’t’heure là, j’dors.

Et dame Jeannine claqua la porte à la face du monsieur Curieux.
Et le monsieur curieux dépité d’aller frapper à la porte de Monsieur Alexandre Trois.
Celui-ci qui faisait le pont à cause d’un jour férié supplémentaire, se plia de bonne grâce à la demande du monsieur curieux.
Il se présenta donc devant la porte numéro sept, et resta dubitatif
Puis il alla trouver Mademoiselle Deux avec laquelle il avait beaucoup d’affinités,
pour lui donner ses impressions sur la chambre numéro 7
Celle-ci sortit de sa chambre avec sa petite voiture et se véhicula jusqu’à la dite chambre.

Il y eut une instant terrible, dramatique.
Mademoiselle Deux resta pétrifiée, colla son oreille contre la porte,
regarda Monsieur Trois avec un air étrange, et chuchota:

"- Il est là
- Hein ?
- Il est là. Je sens son souffle ! Vous ne sentez pas ?
- Heu Non ! "

Brusquement la vieille dame qui n’avait pas bougé de son fauteuil à roulettes depuis des années,
se leva d’un bond et arpenta le couloir du septième étage en marchand.

- Merci mon Dieu. C’est un miracle.
Monsieur Trois? Vous ne voulez pas prendre votre violon
et me jouer « Tu es mon berger O seigneur » ?

En l’honneur de Dieu qui m’a redonné mes jambes ?
- Qu’est-ce que c’est qu’ce raffût ? dit Madame Jeannine,j’pourrais donc jamais dormir ?
- Mame Jeannine ? Je marche ! Je marche !
- Oh ! Ben merde alors… pardon. Où qu’il est ?
- Là bas. A la sept.

Et Madame Jeannine alla s’agenouiller devant la porte et pria Dieu
de lui donner le moyen de dormir tranquille.
Et pendant tout ce temps, Monsieur Trois joua un vieil air du pays.
Lequel ? On ne le sut jamais.

Quant au monsieur curieux, ayant satisfait sa curiosité, il rentra chez lui,
persuadé qu’il avait levé un lièvre, et que le lièvre était Dieu
avec ses grandes oreilles et que c’était une affaire classée.

L’agent Dupont, de la chambre n° 3, rentrait de son travail d’agent de la Force publique.
Et tous de dire avec onctuosité:

"- Dieu est là."

Une grande concertation se fit entre le représentant présent de la force publique
et le peuple du septième.
Il ne fallait pas tomber dans l’anarchie.
Mais la rumeur s’ébruita dans la rue des Périgourdins, comme une nuées de moineaux.

Ainsi, Ali l’ épicier prit sa carpette, se présenta devant le 28 et monta au 7ème
pour prier devant la porte de Dieu,
suivi de Jacob Jacobstein le propriétaire du magasin de retouches de pantalon,
qui se couvrit de son grand chapeau noir, pour aller prier devant la porte des lamentations.
D’autres gens eurent bruit de l’événement.
Et ce qui devait arriver arriva.
Du rez de chaussée jusqu’au septième, toutes les marches de l’escalier de service
étaient occupées par des personnes voulant toucher la porte de Dieu et prier.

"- Laissez moi passer, je crois en Dieu !
- Mais moi aussi je crois en Dieu, attendez votre tour, comme tout le monde.
- Vous croyez en Dieu? Mais moi, Monsieur, ma foi est chevillée au corps.
- Que voulez vous que ça me fasse. Attendez votre tour, c’est tout.
- Vous avez raison. Pas de passe droit."

Une voix s’éleva du rez de chaussée:

"- Laissez passer. C’est une personne à l’agonie qui veut toucher la porte avant de mourir."

La civière eut bien du mal à se frayer un passage, mais, arriva tout de même dans le couloir du 7ème.
Une main sortit d’une couverture, toucha la porte et ne bougea plus.
Pendant ce temps, dans l’escalier de l’ascenseur, quelques propriétaires eurent bruit de l’affaire.

- Comment ? Dieu serait dans une chambre de bonne?
Mais c'est un vrai scandale! Qu’il vienne chez nous, nous l’accueillerons.

Certains décidèrent de poser la question le jour de l’assemblée des copropriétaires.

"Etait-il normal que Dieu se trouve dans une chambre de bonne insalubre, sans ascenseur? "

Monsieur Dupont, agent de police, représentant de la force publique,
se dit qu’il fallait faire quelque chose.

"- Il faut faire quelque chose déclara t-il.
Je vais réglementer tout ça... Finie l’anarchie."

Les horaires, le nombre de personne devant la porte, les priorités,; etc.
Etait-il normal que les propriétaires passent après les pauvres du 7ème?
Cela faisait un mois que Dieu se manifestait derrière la porte N°7 du 7ème étage,
du 28 de la rue des Périgourdins
et l’affluence grandissait, envahissant le quartier, l’arrondissement, voire tout Paris.
Jusqu’au jour où un homme, une valise et une canne à pêche à la main,
essaya de se frayer un chemin dans la rue des Périgourdins,
envahie par des chapelets, des tapis et autres objets du culte,
jusqu’au 28.

-On ne passe pas dit Monsieur Dupont de la force publique et de la chambre numéro 3
- Mais j’habite là
- Au 28?
- Oui! Au 28!
Ou ça?
- Au 7ème!
- Vos papiers !

L’homme à la canne à pêche et à la valise, sortit sa carte d’identité
Monsieur Dupont resta pétrifié et laissa passer l’individu

"- Laissez passer ce monsieur habite au 7ème hurla Dupont !"

L’homme se fraya tant bien que mal un passage au milieu de la foule
plantée sur les marches de l’escalier,
et arriva, non sans avoir perdu au 4ème sa canne à pêche, enfin au 7ème .

"- C’est un pêcheur dit une dame .
- Qu’il se repente répondit un ecclésiastique.
- Est-ce que oui ou non, je vais pouvoir rentrer chez moi? hurla le pêcheur."

Mademoiselle Deux, la miraculée s’approcha de l’homme et lui dit:
"- Mais enfin Monsieur, cet endroit est sacré.
Telle que vous me voyez, j’étais paralysée,
et Dieu dans toute sa bonté est venu parmi nous, gens du 7ème sans ascenseur,
et a posé sa main divine sur nous, et depuis je marche.
Respectez ce lieu miraculeux.
- Madame, j’ai fait un long voyage, je suis représentant en canne à pêche.
Voilà plus d’un mois que je suis parti de chez moi. Et j’ai un grand besoin de dormir."

L’homme sortit une clé et ouvrit la porte N°7.
" -Une dernière chose, je m’appelle Alfred Dieu, et je vous souhaite une bonne nuit."

Et il referma la porte devant la foule du couloir.
Mademoiselle Deux retomba dans sa petite voiture et ne remarcha jamais.


Merci pour votre lecture,
à bientôt
Régis Leprunier


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