Toucher du regard par Batistin



Toucher du regard

 par Batistin

Dévisager à en faire perdre la face
blesser du regard un autre qui passe
s’approcher d’un coeur sans précaution
aux tréfonds y marquer sans passion
son empreinte au fer rouge
achever la bête qui encore bouge.
ou
Envisager à en faire sourire
caresser du regard un autre qui passe
s’approcher d’un coeur en émotion
aux tréfonds y marquer la passion
son empreinte à l’encre bleue
une lettre secrète jetée au feu

Toucher du regard en prétention
prédateur en intention
tout assassiner à vouloir posséder
être perdu et se croire arrivé
quand tout n’est que frêle onde
papillon immobile aiguille inféconde 
ou
Laisser le chant de l’oiseau
à notre oreille porter le beau
attendre du ciel ses couleurs 
à nos yeux arriver en pleur
savourer le sucre que l’on cueille
aux fleurs de chèvrefeuille
s’enivrer de l’odeur de l’ennui
de tous les matins de pluie
du bout des doigts ou à pleine main
emmener toute vie vers demain.

Arracher sans pitié ce qui pourtant est offert
tout forcer à porter aux pieds les fers 
entendre  toute amitié en prière 
n’écouter que son inimitié altière
de soi s’extraire et se croire immense
toucher du regard l’étoile où l’on se pense.
ou
Du regard juste effleurer
la toute première lumière déflorée
qui jusqu’à nous ose venir
risquer son devenir
en éclat comme elle fut née
dispersée en reflets sur la cornée
une étoile au firmament
juste nourrie de la force des amants

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La lumière est une onde
qui s’offre au monde
que nous croyons portée
comme notes en portée
que l’on voit tracées
ronde blanche enlacées
arc en ciel qui s’enfuit
revient contre la nuit
la musique en l’espace
où la clarté se déplace

La lumière est une onde
qui aux couleurs pardonne
de se croire seules et vivantes
pigments en liaison savantes
terre d’ombre brûlée 
vert de gris des armées
et nos esprits de glaise humide
où le sang poisse stupide
privé sans Elle et sa splendeur
du rouge et de tout coeur

Et d’Elle qui regarde
notre âme hagarde
et trace en l’instant
un trait insistant
du fin fond de l’univers
à terre un petit ver
j’écoute son fou rire
j’aperçois sa face blêmir
ce qui la pique à en crever:
de ses enfants désespérer !